La psychiatrie, la précarité, la psychiarité d’un pauvre psychiatrisé

En avant !
Nous sommes tous dans la même galère
Nous ramons, nous ramons, encore et encore
Et la vie nous fouette avec ses grands airs
Nous guide jusqu’au sang pour ne pas perdre le nord
Définitions de la rédaction
Définition de la précarité :
La précarité est une difficulté extrême que subit une personne se trouvant sous un seuil de pauvreté très élevé ; c’est-à-dire l’annulation des garanties de protections sociales diverses, l’absence de mises en sécurité qui protégeaient une personne, une famille, un groupe. C’est aussi la perte violente de leurs droits fondamentaux.
Définition du néologisme psychiarité :
Fusion des mots psychiatrie et précarité. Quand les deux mots sont liés. En clair : vous êtes un psychiatrisé en dessous du seuil de pauvreté, pour ne pas écrire que vous êtes dans la merde. À savoir que ce texte non romancé ci-dessous peut être dur à lire pour les lecteurs aux âmes sensibles.
Définition de psychiatrisé :
Patient pris en charge, parfois de façon abusive, par la psychiatrie.
Témoignage et introduction en psychiatrie :
Avant toute chose, sachez que je vais traiter de sujets que je maîtrise parfaitement. Car même si je suis né loin du ghetto et de la misère, dites-vous que je reviens de très loin, que je suis un chanceux, un trompe-la-mort qui a connu une galère incroyable et qui est encore debout malgré tout ça. J’ai connu la rue dans toutes ses paillettes de couleurs, toutes ses odeurs ; je transpirais la pauvreté en 2011, alors que je gagnais très bien ma vie avant ce déclin. Évidemment, je ne raconte qu’un quart de ma phase de vie compliquée. Peut-être qu’un jour j’écrirai un livre sur la résilience. Mais pour l’heure, place au journal corrosif d’un usager de la psychiatrie.
En 2011, je suis tombé gravement malade et je suis devenu très faible mentalement, car usé par la maladie. J’étais hospitalisé toute l’année en clinique (dépression et manie en alternance, je suis bipolaire). J’ai cependant aujourd’hui la chance incroyable d’être au chaud, soigné en hôpital de jour et d’avoir un revenu mensuel avec l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) en partie et le chômage, puisque j’ai travaillé de la mi-2024 à la fin 2025. Je ne suis donc pas à plaindre, ou plutôt, plus à plaindre.
Pour comprendre une petite tranche de ma vie de merde qui s’est fortement améliorée à ce jour, j’ai écrit un livre-témoignage sur les galères que j’ai dû subir et combattre en psychiatrie. Un récit ou un journal de bord sur la psychiatrie en France : La psychothèque ou la communauté des fous.
Psychiatrie, précarité, psychiatrisé, action !
Très peu médiatisée objectivement, la psychiatrie est l’enfant pauvre de la médecine. En bref : osef. Je vais vous conter un minimum la précarité dans le monde de la psychiatrie. Usagers, soignants, psychiatres et même ASH ne seront pas oubliés.
La psychiatrie au commencement
N’ayez pas d’inquiétude, je ne traiterai pas de la psychiatrie pré-XXᵉ siècle. Je témoignerai de la psychiatrie moderne uniquement. Cependant, je vous invite à vous documenter et à visionner des documentaires neutres sur la santé mentale que l’on dénigre en la dévalorisant.
Vous pouvez lire également mon interview sur la psychiatrie dans le magazine Putsch Média qui ne fait pas, comme nous, dans la dentelle.
Qui sont les vrais malades mentaux ?
Je me pose souvent la question et je n’ai qu’une seule réponse : ils sont dehors… Personnellement, j’étais hospitalisé, voire domicilié en clinique psychiatrique (rires), et ce toute l’année, et je me sentais moins fou que tous ces voyous nombrilistes de politiciens ou de personnes violentes pour un regard de travers. Leur état clinique est parfois démesuré, certains se font soigner en prison, d’autres enfermer en psychiatrie. J’ai inversé volontairement, je suis taquin. Les vraies victimes sont celles qui subissent la violence, pas celles qui la propagent autour d’elles. Les voyous ne connaissent pas l’amitié, l’union, la force, ce sont juste des débris de la société ; qu’ils soient maghrébins, noirs, blancs ou fachos, et qui prônent les violences gratuites. Des milliardaires nous pressent comme des citrons et font dans l’illégal. Il n’y a pas de classes sociales, de races ou de couleurs pour être un racketteur, un empoisonneur, un virus de la société…
Ma pauvreté extrême en psychiatrie
J’étais pauvre, extrêmement pauvre, mais on me soignait en psychiatrie. Les anti-psychiatrie et les pro-psychiatrie vont me lyncher intellectuellement, car je suis neutre. En vrai, il y a de bonnes et de mauvaises méthodes, de bons et de mauvais professionnels de santé mentale. Là où l’on va tous se mettre d’accord, c’est que les patients qui font de longs séjours en hôpital ou clinique psychiatrique sont les plus à plaindre. Bien souvent, à leurs symptômes et souffrances mentales s’ajoutent de graves problèmes d’intégration dans la société et d’énormes soucis financiers.
J’ai eu la malchance dans mon bonheur de connaître la faim, avec zéro euro par jour pour manger. Le pain sec et l’eau formaient mon repas de prince. Je vous le garantis, quand vous sentez la mort et la faim, même avariée, une soupe, ça vous réchauffe le cœur. Ce sont des amis qui m’ont sauvé la vie. En effet, je me suis enfermé chez moi à l’âge de 26-27 ans, sans électricité, ni lumière, ni à manger ou à boire, en train de mourir en souffrance pure et à macérer dans ma propre merde (au sens propre).
Un couple d’amis a appelé les sapeurs-pompiers, et après négociation, j’ai accepté d’être pris en charge par le C.P.O.A. (Centre Psychiatrique d’Orientation et d’Accueil) de l’hôpital Sainte-Anne à Paris 14ᵉ, pour une orientation en urgence dans un hôpital psychiatrique à l’aspect carcéral : Maison Blanche 75G25 75G26, 10 rue du Général-Lasalle, Paris.
Hospitalisé dans cette prison, vous n’avez le droit à rien. En pyjama obligatoire (au cas par cas), vos cigarettes, téléphones, bonbons, gâteaux sont enfermés à l’infirmerie. 4 sorties de 10 minutes par jour pour fumer à chaque fois deux cigarettes maximum. La majorité des psychiatrisés sont fumeurs, alors ça part très vite en pression (bagarre) pour une clope refusée.
Vous êtes mélangé à des criminels ou des monstres, avec votre grave dépression, schizophrénie ou toute autre maladie mentale. Vous entrez malade, vous en ressortez traumatisé, et c’est le minimum raconté : la vie quotidienne dans cette prison vécue par un dépressif est encore bien pire. Mes camarades criminels préféraient 1001 fois la prison ferme que cet établissement psychiatrique, qui ressemble à s’y méprendre à une unité pour malades difficiles (UMD).
J’étais nerveux, et il ne fallait pas me frictionner le cerveau, mais je vous garantis sur facture imprimée par la comptabilité de cet hôpital de fous que j’étais un réel Bisounours comparé à certains patients de cette unité du Général-Lasalle. Un détail important : mon séjour date d’il y a 20 ans, peut-être qu’à ce jour, ça s’est amélioré.
Dans cet hôpital de Belleville à Paris, j’ai été mal soigné, mal nourri, mal logé, mal blanchi et pas vraiment en sécurité. Ce n’était pas l’Afghanistan non plus ou la Somalie. Pour être honnête, je préférais être enfermé en prison psychiatrique qu’enfermé à la rue, surtout en hiver.
J’étais dangereux pour moi-même, mais pas pour les autres. Cet hôpital était horrible, j’aurais préféré y faire un bref passage et continuer dans une clinique comme La Borde dans le Loir-et-Cher à Cour-Cheverny, où la vie est un paradis avec des soins d’une excellente qualité. Enfin, on ne choisit pas le lieu de soin, c’est au petit bonheur la chance.
Les ASH : Agents des services hospitaliers en psychiatrie
Le personnel en psychiatrie, c’est toute une histoire. Des psychiatres aux ASH (Agents des services hospitaliers), il y a 160 000 kilomètres d’encre à raconter. Les ASH sont souvent des femmes courageuses et très mal rémunérées. Elles forment un maillon de la chaîne médicale indispensable ! L’hygiène en hôpital, c’est le premier point à mettre au plus haut niveau. Pourtant, j’étais sans travail et, proportionnellement parlant, je gagnais plus que ces dames. Je peux certifier que j’avais honte de faire la grasse matinée dans mon lit d’hôpital, alors que les ASH bossaient comme des machines de guerre, et ce non-stop. Ce sont d’ailleurs celles qui bossent le plus dans un hôpital psychiatrique, et bien évidemment, elles sont les moins bien payées.
Les agents de sécurité, de sûreté et d’incendie en psychiatrie
Ils font partie de l’équipe de soins psychiatriques à l’insu de leur plein gré. Mal formés aux situations d’urgence provoquées par certains patients, ils sont quand même dans la scène d’action quand il y a besoin de renfort suite aux pétages de plomb d’un psychiatrisé. La paye n’est pas mauvaise, ils font leur job : sécurité incendie, contrôles d’accès, rondes de sécurité.
Les aides-soignants et infirmiers en psychiatrie
Il y a de tout : de la connasse à la putain de sa race d’aides-soignantes, jusqu’aux chefaillons de merde gueulards, de vrais teckels pour certains de ces cadres de santé. Dans la majorité des cas, j’ai eu affaire à de vrais professionnels. Les soignants sont de vrais bourreaux de travail pour pas un rond. La paye est très maigre, ils prennent souvent de sacrés risques.
FAIT DIVERS – Un homme de 20 ans, hospitalisé au Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres à Thouars, a mortellement blessé une infirmière au thorax jeudi alors qu’il tentait de partir de l’unité psychiatrique. Le suspect a été mis en examen le vendredi.
Un meurtre en exemple, d’un patient de 20 ans qui a tué une infirmière. — LCI
Mis à part deux ou trois travaux (médicaments, piqûres, etc.), il n’y a pas de grande différence entre une infirmière et un aide-soignant, au masculin ou au féminin. Sauf le salaire : l’un touche plus que l’autre. Les A.S. torchent aussi des culs, et ne sont bien sûr pas vraiment remerciés niveau salaire. Un psychiatre peut être payé à chaque séance pour une simple poignée de main donnée à un patient ; en revanche, les A.S. peuvent nettoyer 100 culs ou un seul, c’est la même rémunération pour elles. Il n’y a que la vérité qui blesse en psychiatrie ou ailleurs ! Oui, je suis vulgaire et dur comme un poteau d’incendie arrosé d’urine de chien au quotidien, mais à qui la faute ?
La fin en psychiatrie
Voilà, c’est écrit, je ne peux plus revenir en arrière. J’ai sûrement omis des détails très importants, mais je suis obligé de m’arrêter car je suis très fatigué par ce texte pavé de tant de mots ou maux. Vous devez l’être aussi, éreinté.
