Quand les oubliés du système disparaîtront-ils ?

La réponse peut paraître brutale et simpliste, mais pour la disparition des oubliés du système, je pense sérieusement que ce sera dans un temps qui se nomme jamais. Enfin, tant que le système humain sera dans l’optique de fabriquer de la misère afin de s’élever vers les cieux du capitalisme et de sa propre richesse, financièrement parlant.
La misère, le capitalisme et la gestion de la pauvreté
Nous vivons dans un monde parallèle qui n’a qu’une seule obsession : être riche, vivre dans l’opulence, la rentabilité, la compétition financière. Dès lors, la précarité extrême n’est pas une fatalité pour l’homme riche : elle est indispensable, pire, fondamentale.
À chaque campagne électorale, lors des combats présidentiels ou municipaux de nos politiciens, c’est la même rengaine : ils promettent des plans pour lutter contre la pauvreté. Mais ensuite, d’un autre côté — et c’est là le paradoxe pestilentiel —, ils font la guerre pour nettoyer et sécuriser leurs villes avec des systèmes anti-SDF qui ressemblent davantage à des dispositifs anti-pigeons. La vérité, c’est qu’ils prennent réellement les sans-abri pour des volatiles nuisibles à éradiquer du décor urbain. La pauvreté extrême, ça fait tache. La réalité est que cette vie sociale en grande difficulté ne s’efface pas à l’aide d’une gomme et d’un coup de communication malhonnête assorti d’un décret ministériel inhumain.

Le mépris institutionnel et le logement insalubre
Les oubliés du système ne se calculent pas avec des données statistiques ou de la propagande politique. Non, les pauvres ne sont pas des profiteurs de la CAF, du RSA, du chômage, des aides alimentaires, et non, ils n’ont pas qu’à « aller travailler » pour gagner de l’argent. Quand on est au bord du gouffre, la santé mentale en prend pour son grade et la volonté n’est plus la même qu’avant. Avoir un genou à terre n’est pas une situation enviable, encore moins profitable à celui qui tombe dans les méandres de la misère et qui avale sa tartine de merde quotidiennement.
Ces oubliés sont également, quand ils ont un emploi pénible, des travailleurs indispensables et précaires qui, la tête sous l’eau, sont tout de même rejetés par une société consumériste, uniquement intéressée par le rendement et l’argent facile.
Cette société exige de ses oubliés qu’ils endurent l’exclusion sans sourciller et qu’ils souffrent dans le plus grand silence. C’est un miroir efficace que nos politiciens refusent de regarder en face, car il reflète une vie douloureuse et misérable qui ne mérite que le mépris. La disparition de ces oubliés mettrait en danger toute une superstructure de richesse, d’opulence et de confort, et ferait s’écrouler un système bien rodé qu’il ne faut absolument pas déstabiliser par la désertion des pauvres.
Le confort des uns repose sur la douleur et le sacrifice des autres. Ce n’est peut-être pas encore de l’esclavagisme moderne, mais force est de constater que la manipulation mentale exercée par la classe des puissants pour emmener une population fragilisée vers les bas-fonds est toujours d’actualité. Ce n’est pas près de changer : bienvenue dans le monde capitaliste où vivre à l’essentiel n’est qu’une hérésie.
En tant qu’ancien mal-logé d’un hôtel insalubre, lugubre, à l’odeur de merde et de pisse — pardon, d’urine —, avec un loyer au black de 400 € par mois pour une chambre de 9 mètres carrés à plusieurs (les camarades cafards en plus)… Soit la suite de cet établissement hors norme dans le 95 à Persan-Beaumont où l’on te menace de mort si tu ne payes pas. Je soutiens toutes ces personnes subissant le mal-logement, ou le pas-logement du tout, ainsi que tous ces oubliés du système qui n’auront pas la chance que j’ai eue en 2023 : celle d’avoir un toit agréable l’hiver. Bon, c’est une fournaise en été, je vous l’accorde, je vis à 41 degrés à l’intérieur en période de canicule, mais je survis quand même…
De Jospin à Macron ou la déprimante succession des gouvernements
J’avais promis à un ami lecteur d’être moins glauque et déprimant dans mon nouveau projet de journal corrosif en ligne : je crois que moi aussi, j’ai menti à l’assistance.
Quand les oubliés du système seront enfin reçus et entendus par le gouvernement et par la classe aisée de France et du monde, Le Journal Corrosif sera au chômage. Les oubliés du système, c’est nous, c’est vous, c’est toi et c’est moi. Les personnes SDF et sans-abri, les femmes et les enfants victimes de la violence des hommes, les personnes en situation de handicap ou de polyhandicap, les pauvres, les précaires, les réfugiés, les migrants, les êtres humains qui meurent de faim, le tiers-monde, la planète Terre… J’en oublie beaucoup, on a encore beaucoup de travail à abattre avant la quille.
Je n’ai pas envie de faire dans l’eau de rose sans vulgarité ni écœurement, et je suis conscient que cette missive ne sera peut-être jamais lue ni entendue par les désintéressés, car un peu trop franc-tireur, graveleux et irrespectueux envers nos bourreaux, nos ministres, nos élus… Je suis dépité, Mesdames et Messieurs les Députés !
Ma mère m’a donné le prénom Lionel car elle était fan de Lionel Jospin. Le RPR nous l’a bien mis à l’envers et Jacques Chirac, bien que ce soit mon préféré de toutes ces têtes à faire tomber, n’a pas sauvé la situation pourrie dans laquelle nous nous trouvons. Emmanuel Macron, autrement appelé « Super Menteur 2 », est trop propre pour être honnête. La maraude du président de la République avec le SAMU Social à la rencontre des personnes SDF en 2019 nous a profondément touchés, nous, Français et fiers, mais en 2020, ce menteur a coulé les sans-abri. Beaucoup de promesses pour pas un seul cul au chaud. Cet hiver 2020 a été long et lent pour les humains dans la rue. Aujourd’hui, c’est l’été qui les tue par dizaines, et c’est déjà trop.
Solidarité citoyenne, mais aussi désillusion
Je suis quand même fier d’être Français, car beaucoup d’entre nous font du bien aux personnes en situation de précarité. C’est une honte que les autorités d’un pays aussi riche ne passent pas à l’action mais conversent à n’en plus finir sans jamais agir ! Il faut que ce soient des citoyens, souvent dans le besoin aussi, qui prennent les choses en main et apportent de l’aide aux personnes sans domicile fixe et sans-abri. Heureusement, des associations se créent également pour lutter contre la pauvreté et la précarité.
Je ne supporte pas la politique, elle me fait aller à la selle, mais aussi vomir. Je n’ai même jamais voté. Mais je dois l’admettre, ce n’est pas une bonne solution, et c’est là le paradoxe. Je n’ai pas de leçon à donner, faites selon votre propre conscience et responsabilité.
Parce qu’il faut conclure… Je pense que Le Journal Corrosif, votre journal, notre média alternatif indépendant, a encore de beaux jours devant lui, ou plutôt, de mauvais jours, malheureusement.

