Du rire aux larmes pour les oubliés du système

Je m’appelle Personne
J’envie les êtres humains qui pleurent, pour un tout, pour un rien ; j’admire les personnes qui hurlent de rire pour une blague corrosive ou bidon. Je m’appelle Personne, et je suis sans émotion. À l’instant où mon volcan est sur le point d’entrer en éruption, je n’ai point peur. Il a accumulé tant de haine, de rage, de tristesse, de guerres, d’actualités morbides, de séparations, de faim, d’injustice ; l’inventaire absolu des complaintes serait trop long pour une misérable feuille de papier non recyclable, ainsi que pour une courte vie.
Je suis français, et mon pays est en guerre, malgré l’optimisme des gens heureux. Des vies sans toit sont détruites par le froid, la chaleur, la précarité, l’extrême violence, de même que des femmes sont victimes de féminicides. Des promeneurs dans les rues verglacées de Paris peuvent se faire tuer pour une cigarette refusée à un desperado meurtrier. En échange d’un simple regard de travers, on sort les revolvers. Les dealers de drogue en tout genre opèrent leur négoce sans crainte et sans se soucier de la santé de leurs clients. Certains policiers mutilent des résistants et tuent, mais les civils aussi peuvent être excités à l’idée de tuer un flic, pire, de passer à l’action.
J’envie les pleureurs, eux peuvent décompresser, tandis que j’implose quand ma lave devient assassine. Ma sensibilité s’envole, me chasse, je n’ai aucune culpabilité quant à ma participation à la destruction de l’espèce humaine. La planète ? Je m’en moque royalement, la nature reprendra ses droits pendant notre ultime souffle, notre dernier printemps. Ce sont les individus qui disparaîtront de la Terre les premiers, et non pas les arbres ni les insectes. Je pollue, tu détruis, il menace, nous éradiquons, vous pleurez, ils meurent.
Me vient une ribambelle de larmes ; enfin ! Je ris aux éclats en pleurant tel un fleuve qui se déverse dans un océan de joie. Elle est si belle, en fait, cette fleur qui m’observe à travers la fenêtre sale de ma chambre. J’irais bien la cueillir, la sentir, mais je suis tellement timide aujourd’hui. L’empathie règne, tout bien pesé, dans mon âme, mon esprit, mon corps. Je ne suis pas à genoux, mais finalement devenu émotif grâce à cette vulnérable plante.
Pour accomplir cet hiver, je profiterai de tout mon temps, je m’envolerai à présent au-delà des cimes de mes montagnes pour redécouvrir ce que je n’ai jamais su contempler. Je vivais les yeux fermés, la boule au ventre, mais ce matin de février aura façonné en moi de l’enjouement, de la béatitude et de l’allant pour la reconnaissance des prémices d’une floraison.
